Publié : 17 octobre 2011
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La dyspraxie

La dyspraxie est un trouble de la coordination, de l’organisation et de l’exécution motrice qui est d’origine neurologique. Ce trouble s’explique par une immaturité de la région du cerveau qui orchestre la séquence de mouvements nécessaires afin d’accomplir un acte moteur. Par contre, jusqu’à présent, la cause exacte de cette condition n’a pas pu être identifiée.

Présentation

La dyspraxie n’est pas un trouble d’origine musculaire (l’appareil musculaire fonctionne normalement). De plus, elle n’est pas un trouble d’ordre intellectuel. Au contraire, les individus qui sont aux prises avec ce trouble (enfants et adultes) ont généralement de
très bonnes capacités de compréhension et de raisonnement, et ce tant sur le plan verbal que non verbal. Ils peuvent clairement expliquer le but qu’ils veulent atteindre (ex. je veux faire de la bicyclette, attacher mes lacets) ainsi que de la façon dont ils
doivent s’y prendre (c.à d. décrire la séquence de mouvements qu’ils doivent produire).

Les deux types de dyspraxie

La dyspraxie orale

Elle implique un trouble de la coordination des muscles de la langue, des lèvres, de la mâchoire et du palais afin de programmer une séquence de mouvements
articulatoires qui permet de transformer les sons en mots. Ces troubles se manifestent surtout par :

- un retard de la production du langage,
- des mots mal articulés et un langage qui n’est pas clair,
- de la difficulté à contrôler le débit et l’intensité de la parole.

Cependant, il ne faut pas confondre ce trouble avec une dyspraxie même si celle-ci peut l’accompagner. L’individu comprend très bien le langage, il sait ce qu’il veut dire et il sait de quelle façon l’exprimer. Il est également important de ne pas prendre ce trouble pour une dysarthrie (l’ensemble musculaire bucco-facial ne souffre d’aucune faiblesse ou de paralysie).

La dyspraxie motrice

Elle implique un trouble de la coordination des muscles,
des articulations (ex. des bras, poignets, doigts, hanches, jambes, chevilles) afin d’enchaîner une séquence de mouvements et de gestes qui permettent d’arriver au but escompté (ex. natation, bicyclette, monter des escaliers). La dyspraxie motrice implique
également un problème d’intégration de l’information visuo-spatiale avec la séquence motrice. Donc, les gestes et les mouvements du corps ne sont pas toujours appropriés au contexte. Dans la sphère des dyspraxies motrices, nous retrouvons également la dysgraphie (trouble de la coordination des mouvements des doigts impliqués dans la production graphique des lettres et chiffres et dans le dessin) et la dyspraxie de
construction
(trouble lors de l’assemblage ou de la mise en relation des parties d’un objet afin de former une unité cohérente comme lors de modèles à coller ou de meubles à assembler).

Principaux signes d’alerte

d’après un article du Docteur Michèle Mazeau

Tout d’abord, il faut bien se rappeler qu’on ne suspectera une dyspraxie que si l’enfant a été normalement exposé à l’apprentissage de tel ou tel geste, soit par une exposition spontanée liée à son environnement, soit par un apprentissage volontariste de la part des adultes.

Les cubes :
- empiler des cubes : 2 cubes 1 an, 3 cubes 18 mois, 6 cubes 2 ans
- faire un pont avec 3 cubes : 3 ans
- faire une pyramide 3/2/1 : 5 ans

Le graphisme :
- tracer des traits circulaires : 2 ans
- des croix (sur modèle) : 3 ans
- des carrés : 4 ans
- écrire son prénom : grande section d’école maternelle
- copier un losange : 7 ans
- copier un cube : 8 ans

La vie quotidienne :
- manger seul de la purée : 18 mois
- mettre ses chaussettes : 2-3 ans
- faire un nœud de lacet : 6-8 ans

Un retard marqué dans ces acquisitions gestuelles est alors un signe d’appel à ne pas négliger.

En outre, dans ces domaines, l’enfant ne progresse pas ou peu, ou de façon nettement insuffisante. Ses réalisations, pour la tâche considérée, sont très fluctuantes, allant du résultat presque acceptable mais non reproductible, à une réalisation méconnaissable. Bien sûr, l’enfant progresse bien un peu avec l’âge mais beaucoup plus lentement que ses pairs, et, donc, loin de se réduire, l’écart entre ses productions et celles des autres enfants de son âge ne cesse de croître. Enfin, assez souvent - ceci est fréquent mais non constant -, l’enfant n’est pas aidé par le modèle, la démonstration préalable, la copie : il réussit aussi bien (voire mieux) sur consigne orale, et sans démonstration.

Le questionnement des parents confirme le désintérêt de l’enfant pour les jeux de construction, les cubes, les legos, les clippos, les puzzles, les mécanos, et sa maladresse dans toutes les activités manuelles, alors qu’il accède normalement aux jeux symboliques et adore les histoires et la télévision, n’a aucun trouble du comportement.

Le doute s’installe donc entre 2 et 4-5 ans, mais, au-delà de la suspicion, le diagnostic doit être affirmé, selon l’intensité du trouble, entre 4 et 6-7 ans (avant l’entrée à l’école élémentaire). La certitude diagnostique ne sera établie qu’après prescription d’un test psychométrique (pratiqué par un psychologue.

En effet, en cas de dyspraxie, le diagnostic sera attesté par l’existence d’une dissociation significative, aux tests étalonnés, entre les performances gestuelles et les performances verbales, raisonnementales et conceptuelles (ces dernières étant normales, voire normales/supérieures, car on voit souvent des surcompensations spontanées dans ces domaines).